The Artist: The produit marketing

 

The Artist est un chef d’oeuvre de réussite Marketing assaisonnée de chance et de talent.
The Artist n’est pas un mauvais film. Mais pas un excellent non plus. C’est déjà un film qu’on considère culte. Culte pour son histoire folle aussi trépidante et remplie de succès qu’une grandiose success story à l’américaine.
Parce que les américains, hormis le fait que leur égo à grandi d’une manière vertigineuse en voyant le film, ont surtout aimé l’histoire autour du film. Le genre de belle histoire qui termine en conte fée. Le genre d’histoire que les américains aiment raconter.
Le genre d’histoire qui montre que tout le monde peut y arriver. Le genre d’histoire qui démontre les valeurs même du rêve américain.
C’est d’ailleurs un parallèle tout simple à faire avec l’histoire du film.Une jeune actrice que personne ne veut va se retrouver très vite au très très haut de l’affiche.

 

1. La naissance du produit
Le film a débuté sa carrière internationale, de réception de prix, à Cannes lors du dernier festival présidé par Robert De Niro.
Le montage du film a été finalisé 10 jours avant le début du festival et c’est seulement 2 jours avant la cérémonie d’ouverture que le film c’est inscrit alors qu’il était, à la base, prévu hors compétition.
De Niro a adoré. De Niro a dit (imaginez qu’il le dise en français c’est plus marrant): « je veux donner le prix d’interprétation masculine a Jean Dujardin et la palme d’or à The Artist ». La première demande de l’empereur fut acceptée. Mais pas la deuxième car un film ne peut recevoir qu’une seule récompense. C’est à ce moment précis que tous les yeux de la planète cinéma ont été attirés sur ce film muet, en noir et blanc et … français. Le film devient produit.

 

2. La vache pourpre de Seth Godin.
Lors du festival, les producteurs visionnaires hollywoodiens se demandaient pourquoi ils n’avaient pas eu l’idée avant. Ils avaient déjà reniflé les poches de Thomas Langman et avaient déjà compris le potentiel énorme de ce petit film atypique.
Cette différence, armé d’un storytelling béton et d’un plan de communication osé peut faire des ravages.
The Artist est un film muet et en noir et blanc. A l’heure où l’on ne jure que par cette fameuse merde bancale de 3D, un film muet réalisé à la manière du début du cinéma apparait. Intriguant.
C’est cette réaction que Seth Godin, une référence en Marketing, expliquait: « Devant vous un troupeau de vaches et une seule est pourpre. Laquelle allez vous regarder en premier et laquelle va vous intéresser ? » La réponse est évidente. Dans notre cas, cette vache pourpre est sur un écran noir et blanc et ne dit pas un mot.

 

3. Storytelling.
Ce projet fou est le résultat de l’audace d’un réalisateur qui a voulu faire son film à lui. Sans penser au succès. Peu importe l’issu positive ou négative, il aura fait le film qu’il voulait faire. Chapeau l’artiste pour ça.
Thomas Langman, un petit surdoué de la production (je rappelle qu’il est le fils du génial Claude Berri) a été le seul à y croire et à mettre la main au portefeuille. Du flair ou du risque sans doute.
Il ne manquait plus qu’un acteur principal. Et le choix a été vite fait. Ce sera le nouveau Belmondo appelé plus couramment Jean Dujardin qui crévera l’écran.
N’est ce pas une belle histoire ? Une histoire heureuse et merveilleuse. Du pur storytelling d’école.

 

4. Jean Dujardin, fulgurante superstar.
Ce storytelling est rodé mais encore faut il le raconter. C’est l’atout le plus important dans cette histoire, Jean Dujardin, qui va se charger de prêcher la bonne parole. Et il faut dire qu’il s’en est sorti avec brio. Que ce soit dans les grands talk show américains, les interviews préparés, les sites Interet d’humour à grande audience, ou encore sa façon bien à lui de s’attacher une sympathie incroyable dans tous les festivals où ils concourent et ce jusqu’à sa manière pleine d’esprit et de d’humour de recevoir ses prix. Une promotion rodée et parfaitement réalisée par notre rigolo français qui passe de mini à super star.

 

5. Harvey Weinstein.
« Vous voulez l’oscar ? Alors vous ferez tout ce que je vous dirai de faire jusqu’à la cérémonie » Voici les mots de Harvey Weinstein adressés à l’équipe du film.
Les français n’ont pas hésité longtemps.
Car les frères Weinstein sont de véritables monstres dans le monde impitoyable d’Hollywood. Des génies du lobbying du 7 ème art américain.
A leur actif, on compte pas moins de 300 nominations aux oscars et près de 90 récompenses avec, par exemple, Pulp Fiction, Shakespeare in love, Le discours d’un roi ou encore Will Hunting. « Spécialistes » des films indépendants, très vite ils tissent un réseau et un savoir faire indéniable.
Ils connaissent la recette et savent surtout utiliser les ingrédients au gramme près. C’est simple, pour The Artist ils ont misé 20 millions de dollars dépensés en quelques mois entre la distribution, la communication et les festivals au quatre coins du monde. Résultat ? The Artist devient le film français le plus récompensé au monde et entre dans le top 3 des films ayant récoltés le plus de prix.
A la clé, le saint graal de toute reconnaissance, 5 oscars dont celui du meilleur réalisateur, meilleur film et meilleur acteur. Un carton plein. Le flair américain.

 

6. Une histoire trop belle.
Pour ceux qui me connaissent (je suis un des deux Daft Punk), j’ai toujours eu un amour fou pour les films muets. Le plus grand artiste de tous les temps reste et restera Chaplin.
Mon article n’a pas pour but de descendre The Artist ou plutôt de réduire son succès à un simple processus marketing. Je prends l’exemple des oscars qui reste la plus grande cérémonie au monde pour représenter l’immensité de ce qui vient de s’accomplir et surtout relativiser un tel évènement.
Car si on prend un peu de recul, on peut se dire que beaucoup d’éléments jouaient en faveur de ce film. Un film qui flatte, un film osé, une concurrence pas si énorme cette année (Hugo Cabret était peut être le plus sérieux client) et un acteur principal devenu un chouchou outre-atlantique. Rien ne pouvait leur arriver.
Quand je vois, en direct, le nom de Jean Dujardin sortir de la bouche de Nathalie Portman, et que je vois cet ancien loulou, Hubert Bonnisseur de la bate et ancien Brice, je pense, un moment, être en train de rêver. C’est surréaliste. Je suis grandement heureux pour cet acteur que j’apprécie et je suis, il faut finalement le dire, grand fan de ce genre de success story. Mais quand je vois Georges Clooney, Brad Pitt et Gary Oldman qui restent assis pour applaudir un illustre inconnu sur scène je ne peux m’empêcher de penser que quelque chose ne va pas. J’ai envie de croire que l’académie a, sans doute, privilégié la règle de base de l’académie: on récompense un acteur pour une interprétation pour un film précis et non pour remercier une carrière ou un talent avéré. Mais on aurait aimé voir enfin un Pitt ou surtout un Oldman (qui était mon favori) tenir ce symbole doré entre les mains pour une fois. Tant pis. C’est un ancien comique télévisuel qui les a devancé.
Jean Dujardin a plus touché le coeur des votants avec cette prestation ? J’ai envie de croire que oui pour ne pas avoir à critiquer la première statuette donné pour un acteur français. L’histoire est trop belle pour ça.
Le cinéma est un art subjectif pour tous. L’académie est à elle seule le théâtre d’un monde fou de rêve et de paillettes.
The Artist a apporté sa contribution à un vieux mythe, le rêve américain. Et je pense sincèrement que ce rêve américain continuera à en faire rêver beaucoup d’autres.

 

Le 21.03.2012


La Taupe

Un film d’espionnage n’est jamais facile. Jamais facile à regarder, à faire et à interpréter.
Quand on décide d’aller voir un film d’espionnage on sait que cela va nous demander un effort un peu plus intense qu’en allant regarder un énième blockbuster accessible à moindre QI.

La Taupe est un film qui se déroule dans une Angleterre en pleine transition dans une période de guerre froide qui se veut décisive pour sceller un avenir encore incertain et surtout rempli de peur et paranoïa. Comme son nom l’indique, le film tourne autour d’une taupe infiltrée au sein même de la direction des services secrets britanniques (surnommé The Circus). Et c’est Gary Oldman, lui-même suspect, qui va se charger de cette enquête si prenante et intense que chaque parole, dialogue, message peut devenir un élément clé pour la suite du film.

C’est dans cette ambiance de peur intellectuelle que nous, spectateurs, sommes entrainés dans une cheminement psycho-tendu qui ne laissera aucun répit à notre attention qui demande à tous nos sens d’être au plus haut de leur forme. On a vite l’impression que, si on loupe ne serait ce qu’une minute de pellicule, on sera largués jusqu’au dénouement. Si réel dénouement il y a d’ailleurs.
Car ce qui fait qu’on est scotché c’est aussi de savoir que le fil de l’histoire peut se couper à tout moment. On est alors, sans le vouloir, en alerte permanente en tentant de se préparer au moindre rebondissement.

La taupe est un film qui ne déroge pas à la règle mais avec un rythme très lent basé sur le flegme et le calme des différents excellents acteurs britanniques réunis sur ce même projet.
Je ne peux m’empêcher de faire un clin d’œil à Tom Hardy qui est, pour moi, définitivement une des plus importantes gueules de sa génération. De plus, il faut noter la performance de Marc Strong qui, depuis plusieurs années, était, à mes yeux, un acteur très mauvais. Je ne demandais qu’à me tromper et c’est chose faite.

Un film d’espionnage est un projet éprouvant qui demande une maitrise totale.
Le réalisateur Tomas Alfredson a, ici, réalisé un travail minutieux de cadrage et de mise en scène qui permet, à nous, avis extérieurs, de contempler cette histoire avec un regard précis mais à la fois très lointain. On a cette impression de tout voir sans pourtant tout savoir.
La caméra est toujours distancé. Quelque fois le réalisateur se rapproche mais très vite la caméra s’efface pour laisser la place à ce cadre qui nous laisse témoins sans interagir avec le cours de l’histoire.
C’est d’ailleurs dans le rythme que la mise en scène prend tout son sens. On sent une histoire complexe et c’est pour cela que Alfredson a choisi de s’effacer. Non pas sans maitriser le déroulé mais en laissant cette fiction se mettre en place. Et, à part quelques plans répétitifs et convenus, on peut dire que le travail de mise en scène est très réussi.

Le scénario est, sans surprises, très fourni et accordé comme un violon de maitre.
Une histoire qui retient notre attention avec une envie de savoir comme tous nos voisins de séance: qui est cette taupe ?
Un scénario complexe demande un cinéaste pointilleux et réfléchi. Mais le succès ne serait pas sans de bons interprétes. Et la multitude de personnages demande un casting cinq étoiles. Et c’est le cas.

L’accent « British » résonne avec brio dans nos oreilles et cette bande de joyeux rosbifs fonctionne très bien. Aucune fausse note.
Le plus difficile était de jouer avec réserve et un brin de solitude dans un univers où chacun doit se faire une place. Une place difficile dans un monde où la parole par derrière prédomine sur la parole franche.
Un casting 3 étoiles emmené par un Gary Oldman de grande classe.
Pour être franc, c’est en premier lieu pour lui que je me suis précipité en salle. Encore un exemple d’acteur époustouflant qui a passé une grande partie de sa vie à travailler dans l’ombre sans n’avoir eu, à mon sens, le moindre laurier mérité (mon grand favori pour les oscars d’ailleurs). Mais c’est un tout autre sujet. Prenons ces deux heures de qualité sans le moindre ennui et admirons ce grand talent d’interprète qu’on applaudit grandement.

A conseiller à tous les fans de grands films d’espionnage et de grands rôles.
Pour les autres, il serait tant de s’y mettre.

Le 21.03.2012


Le cinéma se copie.

C’est dans la continuité de mon précédent post que cette article démontre que le cinéma, ou plutôt son industrie, perd de son aura et de son originalité pour servir en grandes quantités des gamelles de soupe. Dans mon dernier post, je revenais sur, selon moi, la maladie dont est touché aujourd’hui Hollywood, le royaume de tous les blockbusters: le recyclage d’idées et le déclin d’originalité.

C’est en flânant sur la toile que j’ai découvert Christophe Courtois, un blogueur très intéressant qui a réalisé un travail autour des affiches de cinéma. Une réflexion que j’ai toujours partagée mais lui a eu le mérite d’aller plus loin dans la démarche. En effet, il fait ressortir les nombreuses ressemblances voire similarités que l’on peut trouver entre des affiches de cinéma et a regroupé tous ces visuels publicitaires par thèmes. Délirant mais pas surprenant. Encore une fois, on voit que, tant que ça fonctionne, la soupe remplira toujours la pensée des spectateurs.
Voici quelques uns de ces thèmes.

Pour en voir plus, je vous invite à faire un tour sur son blog qui, pour le coup, vaut bien un petit détour.

Les affiches de film…de dos.

Les yeux.

Reflets dans lunettes.

Le bleu, couleur des animaux ?!


Et si l’on courait dans une rue bleutée et penchée ?

 

Source: ufunk.net

Le 30.11.2011


Hollywood, champion du recyclage.

Hollywood est devenu, depuis quelques années, un exemple pour tous en terme de développement durable. Un exemple à suivre. C’est devenu un des « recycleurs » les plus importants au monde. Parce que Hollywood recycle une substance qui, pourtant intarissable, est devenue, indéniablement, de plus en plus rare sur le rocher américain. Cette substance on l’appelle communément « idée ».

Le dernier exemple flagrant de cette reprise de bons procédés intellectuels est tout récent avec la dernière bande annonce du prochain blockbuster The Amazing Spiderman (BA ci dessous). Dans cette vidéo, présentée lors du Comic Con de San Diego (Rendez vous de geeks assoiffés de nouveautés et de Nerd-ises en tout genre) on se dit qu’aujourd’hui le recyclage peut être très rapide. Pas le temps digérer qu’on rebouffe déjà la même chose.

En effet, The Amazing Spiderman est un Reboot, un film qui reprend l’histoire d’une saga depuis son début. Alors que la trilogie de Sam Raimi reste encore dans nos esprits, on revoit apparaitre un nouveau Peter qui va se faire piquer par une nouvelle araignée survitaminée, qui va coudre lui même son nouveau costume bleu et rouge avec ses petites aiguilles et ses petits doigts tout collants et qui va encore une nouvelle fois tomber amoureux sous les yeux d’un nouvel oncle Ben.

Certains diront que d’autres reboots furent des réussites comme par exemple la saga Batman revue par Christopher Nolan, Star trek de J.J Abrams ou encore le Casino Royale de Martin Campbell. Le reboot ou le Remake sont des procédés qui sont utilisés depuis bien longtemps. Je ne remets pas le principe en cause. Ce qui me gène c’est l’abondance de films qui reprennent des idées ou des concepts vus et revus, pour ne pas dire vomis et revomis, sans apporter de nouvelles idées.

Depuis quelques années, la plupart des films hollywoodiens qui bénéficient d’un vrai plan de communication sont essentiellement des licences, des remakes ou des énièmes parties de sagas qu’on a condamné. Il serait pertinent et juste de se demander et d’alerter sur la créativité Hollywoodienne.

Le recyclage, par définition, est un procédé de traitement des déchets. Je n’ai encore jamais vu de décharges d’idées ou encore des camions poubelles qui viennent aspirer le cerveau d’artistes. Hormis le fait que ce constat ferait un bon début de scénario de science fiction, il est surtout désolant de voir une industrie qui n’a toujours pas changé. Une industrie qui ne fait confiance qu’à des anticipations de millions à encaisser en délaissant le propre de toute oeuvre créative, les idées et indubitablement la qualité.

Mais à qui doit on cette pauvresse d’originalité ? Si on se hâtait, on répondrait les méchants loups des grands studios qui ne pensent qu’à voir des billets verts défilés devant leurs yeux. Et si on pousse la réflexion, on se dit que ces gens là ne font que récolter les fruits de leurs investissements. C’est honnête puisque c’est ce qui fonctionne. De nombreux spectateurs sont encore prêts à payer leur place pour revoir les mêmes histoires. Mais cela serait trop facile de s’arrêter là.

C’est simple de dire que les gens aiment toujours manger la même chose. Mais si on leur propose en continu le même plat, le choix se réduit. Hollywood, à l’instar d’un restaurateur, se fait de l’argent en satisfaisant l’appétit de ses clients. Non pas avec des plats pour remplir un estomac mais avec des images pour rassasier des émotions. Comme dans un menu, on paye son entrée, sa place et son dessert.

« C’est bien dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Mais il y a un moment où la soupe dans le pot de Pop Corn ne passe plus du tout. » (Un popcorn)


Le 2.08.2011